Backpacker Australia, le livre
Premier livre sur l'univers du working holiday visa en Australie, Backpacker Australia se veut une invitation au voyage, un stimulateur d’envies d’ailleurs, un manuel pour tous ceux qui se rêvent une vie d'aventurier sans pour autant oser franchir le pas, la preuve par l’écrit que s’évader n’a rien d’une gageure. Pour les autres, les casaniers, ceux que les voyages rebutent, Backpacker n’est rien de plus qu’ un moment de divertissement, l’histoire d’un jeune, ni moins con, ni plus courageux que les autres, qui tente de survivre un an loin de maman.

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Extraits du livre "Backpacker Australia" :
Vous pouvez consulter plus d'extraits sur le site de l'auteur : http://www.backpackerlelivre.com/
TIME TO GO
On ne quitte pas une vie sans prévenir ceux qui la partagent, sans leur expliquer son choix, sans tenter de se justifier – bien qu’une envie de changement, ça ne se discute pas. Mes amis voyant dans mon départ la perspective d’être logés gratuitement s’il leur prenait l’envie de venir me rejoindre pour trois semaines de congés payés, je n’ai pas eu à m’employer bien longtemps pour les faire adhérer à mon projet.
J’attends de la part de maman davantage de résistance.
- Maman, je viens de me trouver un billet pas cher pour l’Australie.
- L’Australie ?
- Ouais.
- Combien ?
- Mille euros, valable un an.
- Un an ? Mais pour quoi faire ?
- Travailler, visiter, passer du bon temps… Enterrer ma vie d’adolescent, quoi… Avant de revenir et puis de me mettre sérieusement au boulot.
- Et t’as besoin d’un an pour ça ?
- Je sais pas… Je crois bien… Faut que je parle anglais aussi. C’est important pour la suite, l’avenir, un boulot plus intéressant…
- À Londres aussi, on parle anglais… C’est quand même moins loin que l’Australie, non ?
- Justement. Je veux un changement radical, me mettre en danger. Je ne veux pas avoir la tentation de rentrer au moindre coup de blues. Tu vois ce que je veux dire ?
- C’est sûr qu’à ce prix-là, ça ferait cher le coup de blues… Et comment comptes-tu vivre là-bas ?
- J’ai un peu d’argent de côté. En plus, avec mon visa, j’ai le droit de travailler.
- Mais qu’est-ce que tu veux trouver comme travail si tu ne parles pas anglais ?
- Je sais pas, je verrai. Y a toujours des petits boulots pour ceux qui veulent. Et puis tu n’as pas besoin de parler anglais pour faire la plonge.
- Ah ! Parce que tu pars en Australie pour faire la plonge, toi…
- Mais non ! Ce sera juste au début…
Ma mère continue avec ses questions, de plus en plus pointues, de plus en plus embarrassantes, car révélant la fragilité de mon projet. Dissimulant son inquiétude derrière un ton sévère et circonspect, elle me fait douter.
- Et comment tu vas faire pour te loger ? Tu as trouvé un appartement ? Tu connais quelqu’un là-bas ?
- Non.
- Ton père a une cliente qui a de la famille à Melbourne, je crois…
- Je m’en fiche ! J’ai vraiment envie de me débrouiller tout seul.
C’est important, tu sais…
- D’accord, mais c’est quand même bien d’avoir un contact sur place au cas où, non ?
- Certainement…
- Et Sophie ? Qu’est-ce qu’elle en pense de tout ça ?
LE VAN, MON ALLIE
Elle, c’est Michelle, lui, c’est Jean. Ce couple franco-belge s’est rencontré sur Cairns. Pour venir jusqu’ici, ils ont emprunté les pistes poussiéreuses du golf de Carpentaria, au nord-est du pays. Un bel exploit quand on voit leur van, prénommé Zézette, un vieux Ford repeint à la bombe et les pneus à la corde. À l’intérieur, c’est un joyeux foutoir. Devant, sur les trois fauteuils exigus et défoncés, on s’assoit à même la mousse. À l’arrière, le matelas king size prend toute la place. Sous le lit, il ne manque rien : une bouteille de gaz de vingt litres, une gazinière à deux brûleurs – quel luxe ! –, deux fauteuils, une table avec chaises pliantes intégrées, deux cageots de vaisselle, une lampe à pétrole… Le tout est recouvert d’une fine couche de poussière rouge, souvenir de leur dernier périple. «On doit avoir un trou sous la caisse, c’est pas possible ! se lamente Jean, en époussetant son drap. La première rivière qu’on croise, je roule dedans pour nettoyer tout ça !» Jean et Michelle forment un drôle de binôme. Lui, barbe naissante sur visage de poupon, est un mélange de débrouillardise et d’insouciance, avec toujours une idée en tête et le sourire aux lèvres. Elle, grande, mince, sans formes mais élégante, essaye de le calmer avec une autorité jamais maîtrisée. En somme, Michelle crie beaucoup, mais le plus souvent dans le vide.
LES JOIES DU DORTOIR…
De la rue, l’hôtel a l’air endormi. Impression trompeuse. Dans l’obscurité de la petite cour intérieure, assis sur un banc, deux types se font tourner un joint autour d’une bouteille de bourbon. A l’étage, j’aperçois, du coin de l’œil, un couple à moitié nu en train de finir de défoncer le vieux canapé installé au fond du couloir. Dans ma chambre, la télé est allumée et le son bien à fond. Ils sont deux à la regarder, adossés contre un lit. Je grimpe sur le mien, m’allonge et ferme les yeux. Cinq, dix, vingt minutes… Impossible de trouver le sommeil. Je me redresse et tente de prendre en route ce Stallone sans intérêt, coupé tous les quarts d’heure par des plages de pubs interminables. Je renonce et referme les yeux. Trop chaud, trop de bruit. Je demande aux deux insomniaques s’ils ne peuvent pas baisser légèrement le son. Ils font mine de s’exécuter en tripotant sans résultat audible la télécommande. J’enfouis ma tête sous l’oreiller et pense à Sophie.
L’AUBERGE ESPAGNOLE
«Mais quel est le con qui passe l’aspirateur à 09h00 du mat’ ?» Je ne savais même pas qu’il y en avait un dans cet appartement. Il faut bien avouer que le ménage est ici une abstraction, un concept oublié, désuet, un souvenir lointain de nos vies d’autrefois. Comme si chacun d’entre nous, de passage dans les lieux pour quelques semaines, avait peur de trop en faire, ou tout du moins d’en faire un peu plus que les autres. Au final, personne ne fait rien. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant de voir se balader, autour de la poubelle toujours trop pleine, quelques cockroaches, cafards volants ou rampants. Pour limiter l’invasion, Nigel a acheté un produit miracle qui, bien que dégageant une forte odeur, ne demande pas d’autre effort qu’une petite pulvérisation une fois par jour. Un cache-misère qui satisfait tout le monde depuis deux mois que je suis ici. Alors, pourquoi cet aspirateur, aujourd’hui, un dimanche ? Le repenti de l’hygiène, quel qu’il soit, n’aurait-il pas pu attendre encore quelques heures avant de se manifester ? Jusqu’ici, on avait l’impression que c’était à celui qui craquerait en premier. Qui a craqué ? Et pourquoi à 09h00 du matin ? En tout cas, il va m’entendre. Les yeux encore dans le formol mais remonté comme une pendule, je tire le rideau qui sépare ma chambre du salon, la bouche entrouverte, prêt à exprimer ma manière de penser à ce malotru. Mon regard et mes intentions belliqueuses s’arrêtent net sur un petit short rouge, très court, trop court, peinant à recouvrir un postérieur légèrement dodu. Dodu mais bronzé…
